Jamais, jamais tu ne changeras. Je le sais bien, mais hier j'avais encore cet espoir naïf que tu penses à moi même si je te détestes. J'ai attendu que le téléphone sonne, j'ai attendu de voir ton nom écrit sur ce foutu combiné. J'ai même écouté la messagerie vocale alors que je ne le fais jamais... J'ai écouté tous ces messages en espérant entendre "Jeudi 8 octobre à ...". Mais rien, comme à ton habitude. Peut-être avais-tu trop bu, peut-être ne penses tu jamais à tes enfants, peut-être avais-tu honte... Je ne le saurai jamais. Tout comme je ne saurai jamais qui tu es, ce que tu aimes ou bien ce que tu as fait. Je ne saurai jamais si un jour tu as été heureux de nous avoir, si un jour tu l'as aimée.
J'aurai aimé te voir, il y a des années. Te voir comme elle te voyais, savoir pourquoi elle t'aimais, plutôt que te voir lui faire du mal, nous faire du mal. Tu sais, parfois je pense à toi,et je me demande ce que tu fais, si tu es heureux ou pas. Finalement je m'en fiche, mais s'est inscrit en moi : tu es là sans être là, comme une maladie incurable, et je ne peux t'oublier. Je ne peux pas te nier, je ne peux pas dire "je n'ai pas de père, il est mort". Mort, car tu es mort, ton c½ur est mort, ta conscience aussi. Tu n'es que l'enveloppe d'un corps meurtri, rongé par ses remords, sa solitude, et ses paradis artificiels.
Es tu conscient d'avoir raté ta vie, de manquer tellement de choses ? J'aimerai avoir la force et le courage de te regarder dans les yeux et de te dire que tu me fais honte, que tu n'es rien de plus que le reflet de ton père. je voudrai te dire que tu mérite de vivre longtemps avec ce poids sur la conscience, et que plus jamais tu ne me verra. Je voudrai te dire que ça y est, tu as perdu tous tes enfants et la seule femme que tu disais aimer. Et j'aimerai te dire de ne plus jamais appeler, mais quand tu n'appelles pas, comme hier, je pleurs ton absence. Ou plutôt l'absence d'un père...